Pérou - septembre 2002 - 1ère partie

Sur les traces de l'Inca
Le Machu Picchu sous la brume
Sommaire de la première partie
1/09 - Cusco - Plaza de Armas - Temple du soleil - Saqsayhuaman - Qenko
2/09 - Train - Machu Picchu - Pont de l'Inca - Aguas Calientes -Sources chaudes
3/09 - Huayna Picchu - Temple de la Lune - Porte du Soleil
4/09 - Ollantaytambo - Pisaq - Tambo Machay - Puca Pucara - Cusco
Autres parties
2/ L'épine de la Singrenacocha - 3/ Les thermes de l'Ausangate -
4/ Des Andes au Pacifique

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Vers le site de Terdav



1er septembre
Le voyage a été long. Paris-Madrid, puis Madrid-Bogota, plus de 10 heures de vol agrémentées par la projection de pas moins de 4 films... à Bogota, mauvaise surprise, l'avion pour Lima est en retard. Nous n'arriverons à la capitale du Pérou qu'à 3 heures du matin, le temps d'un transfert à l'hôtel pour un court repos, avant de repartir pour l'aéroport où un dernier avion nous emmènera à Cusco.
La pierre aux 12 angles Les bagages sont posés à l'hôtel, et nous faisons un premier tour en ville. Dans les rues apparaissent les anciens murs incas servant de fondations aux nouvelles maisons. L'appareillage est impressionnant : les pierres sont massives, ajustées à leurs voisines, pour constituer un assemblage où il n'y a pas la place pour le moindre espace. La plus célèbre est immanquable, à demi masquée par un petit Péruvien en tenue andine qui prend la pose. Nous finirons tout de même par la photographier, avec ses 12 angles irréguliers.
Nous continuons jusqu'à la "Plaza de Armas", vaste quadrilatère bordé sur deux de ses côtés par des édifices religieux. Ce premier petit tour nous fait prendre conscience de l'altitude. Nous sommes à 3300 m et la tête tourne un peu, sans doute perturbés que nous sommes par le manque d'oxygène qui s'ajoute au manque de sommeil.
Pour moi le repas n'arrangera rien. Nous allons dans une cantine typique, manifestement prisée par les cusquenians, et les plats qu'on nous sert sont pour le moins copieux.
Plaza de Arma
...pour le moins copieux... La cuisine est très bonne, mais j'ai la tête qui tourne et ai hâte de sortir. Après déjeuner nous faisons connaissance avec notre guide, Ana Luisa, retrouvée sur la Plaza de Armas. Elle va nous faire visiter Cusco, nous accompagnera au Machu Picchu puis dans la vallée sacrée. Pour le moment nous commençons la visite de la ville. Je ne suis toujours pas très bien et me demande si je vais aller jusqu'au bout.
Nous sommes dans la cathédrale, vaste édifice plusieurs fois agrandi, la cathédrale d'origine servant désormais de chapelle latérale. Naturellement le bâtiment a pris la place d'anciens monuments incas. Et l'intérieur est… baroque ! De nombreuses dorures, des murs recouverts de peintures pour la plupart issues de l'école de Cusco, inspirée des maîtres espagnols du XVIIe siècle. L'ensemble est évidemment chargé, mais somme toute assez harmonieux. Notre guide est prolixe, ce que j'aurais pleinement apprécié sans cette nausée qui tarde à partir.
Ancien Temple du Soleil Nous sortons de la cathédrale et nous dirigeons vers le couvent Santo Domingo, construit sur ce qui fut jadis le monument le plus marquant de la cité : le Temple du Soleil. Il reste peu de chose des anciens bâtiments, pris dans les arcades conventuelles. Demeurent cependant quelques salles, presque intactes, avec toujours ces assemblages de pierre. Santo Domingo
Le temple lui-même, seul édifice rond dans un ensemble très rectangulaire, laisse encore percevoir sa configuration d'origine. La logeaient les momies des souverains incas. Il faut imaginer l'ensemble recouvert d'or, d'argent ou de platine, avant le pillage des Conquistadors.
Nous laissons feu le Temple du Soleil pour rejoindre en bus notre destination suivante, Saqsayhuaman, la forteresse qui domine la ville. Il n'en reste qu'une partie, suffisante pour apprécier les assemblages de pierre et imaginer l'énergie prodigieuse qu'il a fallu déployer pour les mettre en place. Saqsayhuaman
Cusco vu de Saqsayhuaman De la forteresse nous dominons la ville et en apprécions l'étendue. Même si nous sommes un peu plus haut - nous avons grimpé d'une centaine de mètres - la sensation d'inconfort s'estompe.
En revanche la température a baissé avec le soleil, et un petit vent me fait regretter de ne pas avoir mis une épaisseur de plus.
Une dernière visite, le site de Qenko, à immédiate proximité de Saqsayhuaman, vaste rocher percé de petites grottes, aménagé en temple par les Incas. Enfin le bus nous ramène à l'hôtel d'où nous repartons pour dîner : petit restaurant sur la Plaza de Arma où nous mangeons à l'étage. Puis vraie nuit de sommeil d'une seule traite. Il devient difficile de réaliser qu'il n'y a pas 48 heures que nous avons quitté Paris !
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2 septembre  
Le réveil est matinal, sans vrai problème de décalage horaire. Nous allons prendre le train qui va nous conduire au Machu Picchu. La gare est grouillante, mais l'embarquement bien organisé. Une employée vérifie nos billets et nos identités. Comme la distribution s'est faite au hasard, elle se montre assez surprise que je me prénomme Ana Luisa ! Nous rétablissons à peu près les choses et tout rentre dans l'ordre. Nous sommes dirigés vers notre voiture où un autre employé nous attend pour nous montrer nos sièges. La gare du Macchu Pichu à Cusco
Le train du Macchu Pichu À 6h30 le train s'élance, avec une vitesse… relative. La pente pour franchir le col qui nous permettra de redescendre vers Aguas Calientes est trop abrupte pour permettre une ascension directe. Un système de zigzags a donc été mis en place : à quatre reprises le train s'arrête et repart dans le sens opposé pour emprunter, via un aiguillage, une nouvelle voie montante sans avoir à tourner. Le rythme est globalement très lent, et il faut près de 4 heures, pour atteindre notre destination finale, située pourtant à à peine
plus de cent kilomètres. Les paysages défilent, de plus en plus luxuriants. Nous descendons vers la jungle, Aguas Calientes n'étant qu'à 2100 m d'altitude. À l'arrivée pas d'erreur possible, nous sommes sur un haut lieu touristique : les boutiques de souvenirs encadrent le chemin, et une queue importante s'est formée devant l'unique guichet délivrant des billets pour le car qui doit nous monter au Machu Picchu.
... des nuages bas... Encore une demi-heure d'une route en lacets et nous sommes à l'entrée du site, devant laquelle
nous pique-niquons. Un dernier contrôle et nous y sommes. Hélas il pleut, et des nuages bas nous empêchent de voir le Machu Picchu dans son ensemble. Il faut faire un gros effort pour se situer par rapport à l'image bien connue des ruines au pied de leur piton rocheux.
La visite commence pourtant. Nous passons de salles en salles, avec toujours ces appareillages de pierres ajustées avec une précision millimétrique.
...de salles en salles...
Là, pas de destructions volontaires, mais le temps a fait son œuvre. Une campagne générale de restauration est cependant en cours, et une bonne partie du site a déjà été reconstituée, peut-être un peu trop à mon goût.
Il va sans dire que plus encore que la visite sous la pluie, l'absence de vue d'ensemble est décevante. Heureusement le ciel se dégage un peu dans l'après-midi, et nous retrouvons progressivement les perspectives que nous laissaient imaginer les photographies.
Les toilettes de l'Inca ! ...de salles en salles...
Puis notre guide nous laisse, après deux heures de commentaires détaillés. Macchu Pichu - les terrasses
Le chemin après le pont de l'Inca Elle repart à Cusco et nous rejoindra le surlendemain dans la vallée sacrée. Manu, notre accompagnateur, reprend les rennes.
Nous nous dirigeons vers un sentier proche de l'entrée.
Nous allons vers le pont de l'Inca.
Il s'agit d'un petit pont, aujourd'hui visible mais inutilisable, qui mène à un sentier vertigineux taillé le long de la falaise. Plusieurs centaines de mètres plus bas, coule la rivière Vilcanota, dont un des méandres entoure le Machu Picchu. Impressionnant.

Nous rebroussons chemin et nous dirigeons vers la sortie. Nous allons descendre à pied, croisant à plusieurs reprise la route empruntée par le car.
Après une petite heure nous retrouvons Aguas Calientes. Nous traversons le village, avec ses rues en pente en pleins travaux, et rejoignons notre hôtel.
Ensuite nous attend la bonne surprise du jour : en continuant la rue principale nous arrivons aux sources chaudes. Ces sources alimentent de vastes bassins, dans lesquels on vient s'immerger. Nous nous retrouvons à barboter dans l'eau délicieusement tiède et ceci nous délasse des fatigues de la journée. Un petit bassin a également été réservé pour l'eau froide, dans lequel nous allons nous tremper à deux ou trois reprises pour mieux profiter ensuite de la sensation de chaleur. Seule déception, nous sommes venus sans argent, et les piscos sours du bar installé à proximité des bassins, qu'on sirote en se baignant, demeureront un rêve inaccessible.
Nous nous rattraperons au dîner !

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3 septembre
...la brume se dégage... Ce matin nouveau départ pour le Machu Picchu, en reprenant le car de la veille. La brume matinale est légère, et se dégage assez rapidement : une fois sur le site, il nous apparaît enfin dans toute sa splendeur, avec ses terrasses enherbées séparant les quartiers. Nous le traversons au plus court car nous allons gravir le Huayna Picchu, le piton qui le domine de ses 2700 m. Le Huayna Picchu
...la roche épouse la forme de la montagne... Nous rejoignons un point visité la veille, où la roche sculptée épouse la forme de la montagne à laquelle elle fait face.
Le chemin commence un peu plus loin, et grimpe rapidement le long du rocher, au point que le sentier prend souvent des allures d'escalier. La montée est assez fatigante. J'arrive près de marches assez raides, qui rejoignent une petite maison dont nous saurons plus tard qu'elle vient d'être construite en reprenant le style des Incas. Montée du Huayna Picchu
Je les gravis pour m'apercevoir au sommet que… Manu et Richard ont pris un autre chemin et sont maintenant sur ma droite, en contrebas. J'en suis quitte pour redescendre, ce qui est pour le moins inconfortable vu la raideur et l'irrégularité des escaliers. Le groupe se reconstitue.
Les gorges de la Vilcanota Nous empruntons un petit passage au travers du rocher et nous retrouvons très vite au sommet déjà occupé par une demi-douzaine de randonneurs. Nous y demeurons quelque temps pour profiter de la vue plongeante sur les ruines et sur les gorges de la Vilcanota, puis la descente commence.
Nous sommes de l'autre côté du piton et là encore le chemin tient de l'escalier. Temple de la Lune
Bientôt un passage un peu difficile, une corniche à franchir avec une main courante, suivie d'une échelle de 4 ou 5 mètres. Nous continuons la descente pour arriver au Temple de la Lune, édifice réalisé en profitant d'une anfractuosité du rocher. À nouveau la taille des pierres, ajustée à la roche, nous étonne par sa précision.

Nous reprenons le chemin pour nous apercevoir que nous sommes descendus beaucoup plus que nous ne l'imaginions. Le chemin pour revenir au Machu Picchu est maintenant en montée rapide. C'est avec une certaine satisfaction que nous retrouvons notre point de départ.

Le Machu Picchu vu de la Porte du Soleil Il est maintenant trop tard pour entreprendre l'ascension du deuxième sommet qui entoure le site, le Machu Picchu proprement dit.
Nous optons donc pour la Porte du Soleil, petit col qui marque l'entrée du site depuis le chemin de l'Inca. Nous le rejoignons à un rythme de commando. Au sommet la vue sur le site, pleinement éclairé par le soleil, est magnifique. Nous déjeunons sur place, tandis qu'un groupe commence à psalmodier à côté de nous. Le site attire aussi les mystiques !
Nous rejoignons l'accueil. Cette fois-ci nous allons prendre le car pour redescendre.
Au passage une petite attraction : profitant du chemin que nous avons pris hier un gamin dévale la pente à notre insu et nous attend à chaque virage pour nous gratifier d'un "adios" ou d'un "good bye". En bas il montera dans le car pour récolter le fruit de sa course.
Nous retrouvons Aguas Calientes, longeons les magasins de souvenirs, judicieusement placés à l'arrivée du car, récupérons nos bagages à l'hôtel et retournons à la gare.
La route d'accès au site
Nous voilà dans le train, et nous nous arrêtons cette fois-ci à mi-parcours, à Ollantaytambo, que nous atteignons en fin d'après-midi. En allant dîner nous traversons la place du village avec sa statue de guerrier inca et nous avons un premier regard sur les vieux murs qui servent de soubassement aux maisons.
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4 septembre  
Le guerrier inca d'Ollantaytambo

La nuit fut comme les précédentes : réparatrice et ininterrompue.
Il est tôt, notre guide ne doit nous rejoindre que vers 8h00 et nous avons un peu de temps pour traîner dans les rues d'Ollantaytambo. La ville a gardé son plan d'origine, et les vieux murs incas sont pleinement apparents. Il est donc facile d'imaginer son aspect général avant l'arrivée des Espagnols. Une forteresse la domine, objet de notre prochaine visite.
Nous rejoignons son entrée où nous retrouvons Ana Luisa.
La visite commence.

Les rues d'Ollantaytambo
Gradins de la forteresse Nous gravissons des escaliers le long de gradins enherbés, jusqu'à un point intermédiaire. Je suis allé trop vite, sans me soucier de l'altitude, et vais mettre un petit moment à récupérer de ces premiers pas. Depuis les gradins nous avons des explications sur l'organisation générale du site. En face, dans la montagne, des bâtiments qui servaient de greniers, et une roche taillée pour évoquer la tête de l'Inca. La place a en elle-même une double fonction religieuse et défensive.
Nous reprenons l'ascension. Plus haut, de très grosses pierres polies nous font face. Elles laissent deviner des bas-reliefs à jamais effacés par les Espagnols soucieux de faire disparaître toute trace de l'ancienne religion.
En contrebas, de l'autre côté de la rivière, la carrière qui servit à extraire les pierres.
les restes des bas-reliefs murs de la forteresse
La forteresse de l'autre côté des terrasses Le chemin qu'il a fallu faire parcourir à ces blocs énormes est impressionnant. Pour traverser la rivière les Incas, profitant de la saison sèche, ont détourné son cours après avoir approché les pierres de la rive.
Nous continuons sur une sorte de chemin de ronde, assez abrupt, pour nous retrouver de l'autre côté des terrasses. Un système de canalisation permettait d'y amener l'eau.
Fontaine sacrée
Nous terminons la visite en descendant vers les sources sacrées. De multiples fontaines assuraient les diverses fonctions, des ablutions à l'alimentation en eau.
Pisaq Nous montons dans le car, qui, au bout d'une heure, emprunte une route escarpée. Nous arrivons à Pisaq, autre forteresse fameuse.
Nous sommes à 3700 m et nous allons, après la visite, redescendre à pied au village, 400 m plus bas. Là encore nous nous gavons de ruines, fruit de l'ingéniosité des Incas.
En arrière du site, une colline percée de multiples cavités : le cimetière.
Pisaq - les greniers
Dans chaque niche les Incas étaient "enterrés" en position accroupie. Les momies qui ne furent pas pillées lors de la conquête ont été aujourd'hui emmenées dans les musées locaux.
Le chemin se poursuit au travers des murs de pierres, certains reconstitués après les destructions.
Toujours des cultures en terrasse, des fontaines, avec un jeu astucieux de rigoles pour Pisaq - vue sur la vallée
Pisaq - le nouveau village conduire l'eau, des greniers pour la nourriture.
Nous descendons durement. Après quelque temps nous nous retrouvons sur la place du village, où nous allons déjeuner, après une visite à un four à pain d'où sortent de délicieux pâtés qui nous serviront d'apéritif.
Le repas en terrasse, au milieu des géraniums géants et de jeunes chats qui folâtrent,
nous a permis, accessoirement, de découvrir que la tomate, dans sa forme primitive, est issue d'un arbre !

Départ pour Cusco, maintenant très proche.
Nous visitons deux derniers sites au passage, dans la continuité de Saqsayhuaman, vue l'avant-veille.
Le premier, Tambo Machay, est un ancien lieu de culte où l'Inca, en déplacement, venait faire ses incantations. Toujours la source, relayée par les canalisations permettant ensuite d'utiliser l'eau pour l'irrigation. Et dans le bâtiment, quelques niches dans lesquelles une poignée d'Occidentaux essaient de retrouver leurs liens cosmiques !
Second bâtiment, à une ou deux minutes en car, Puca Pucara, ou fort rouge en quechua. La fonction est plus stratégique mais elle reste mêlée au rituel.
Nous repassons devant Qenko et Saqsayhuaman et rejoignons notre hôtel à Cusco. Il est tôt et nous décidons de visiter la ville avant le dîner. Notre chemin le long du marché et des bâtiments universitaires, dans des quartiers de moins en moins touristiques, nous mènera à la gare, où un policier, s'inquiétant de nous voir ainsi déambuler dans une apparente insouciance, nous avertit du caractère un peu "peligroso" du quartier. Nous repartons vers le centre touristique sans insister. Pourtant une carte bleue perdue dans un distributeur, et récupérée à la banque grâce à l'intervention d'un policier qui l'avait trouvée, nous rassurera en partie sur la sécurité à Cusco !
Un pub irlandais, Guinness contre Cusqueña malta, la bière brune locale, et nous rejoignons le restaurant où nous prenons congé d'Ana Luisa.
Demain départ pour le trek.
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Vers la deuxième partie : L'épine de la Singrenacocha


© Bernard Cathelain 2002