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Extraits du carnet de voyage
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26 mai
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Ankara.
Depuis la citadelle, bon nombre de petites maisons, presque à
perte de vue, denses et colorées, imbriquées les unes
dans les autres et semblant répondre à un ordre qu'on
ne comprend pas. Les rues sont vivantes mais pas grouillantes, et
l'occidental qui passe n'attire pas outre mesure la curiosité.
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27 mai
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La route entre Ankara et Aksaray nous a conduit
à longer le grand lac salé. La densité du sel
y serait de 30g par litre, interdisant toute vie. En revanche elle
permet d'alimenter en sel la quasi-totalité de la Turquie.
Les branchages, les détritus divers qui s'y sont perdus sont
recouverts d'une croûte de sel qui les fait ressembler à
des coraux.
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Sur la route de Nevshehir nous nous
arrêtons à un caravansérail ancien : Agzikarahan. Nous sommes
sur la route de la soie. Les caravanes en provenance ou à destination
de l'est pour le commerce avec la Chine trouvaient une telle installation
tous les 40 kms. L'ensemble se présente comme un fortin,
ce que justifiait le caractère précieux des marchandises
transportées : une seule entrée, en ogive ; une cour
centrale autour de laquelle sont disposées des chambres et
une grande pièce éclairée par des lucarnes,
qui servait de stalles pour l'hiver. Au centre de la cour un petit
bâtiment utilisé pour la prière.
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Nous abordons la Cappadoce par Nevshehir. Nous
continuons vers Zelve. Là un musée en plein air, en fait un ancien
village troglodyte dont les derniers habitants sont partis en 1953.
Le village a été littéralement sculpté
dans les "cheminées de fées", pitons de tuf qui ont
subsisté grâce à la protection précaire
d'un bloc de roche dure en leur sommet. Le tuf est très fragile,
et la pluie, le vent, rongent en permanence les matériaux.
Zelve, protégée trop tardivement, porte cruellement
les stigmates de cette usure.
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28 mai.
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Départ pour la vallée de Gomeda.
Sous le soleil les pénitents et les cheminées de fées
prennent des teintes colorées. La vision des pigeonniers
innombrables, dont l'origine remonte à l'époque byzantine,
vaut le déplacement. L'érosion entaillant progressivement
la falaise, véritable canyon créé par la rivière,
les occupants successifs ont creusé les pigeonniers en reculant
de plus en plus. Les pigeonniers étaient principalement voués
à la récupération de la fiente, utilisée
comme engrais. Accessoirement les pigeons voyageurs pouvaient servir
aux communications, avant de nourrir leurs propriétaires.
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Certains pigeonniers ont une entrée décorée
pour éloigner les mauvais esprits. Les Ottomans, lorsqu'ils
les ont récupérés, y ont parfois ajouté
des sourates du Coran.
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Au passage trois églises taillées
dans le tuf reçoivent notre visite. La plus étonnante
est la dernière, dont l'ouverture se laisse à peine
deviner dans le rocher. L'église elle-même est toute
en profondeur. Les piliers qui supportent la coupole, à l'origine
au nombre de 4, sont pour l'un disparu et pour l'autre rongé.
En effet une croyance s'attachait à la réalisation
de ces piliers, affirmant qu'un trésor pouvait être
enterré à la base de l'un d'entre eux. Les fouilles
des pillards se sont arrêtées lorsque leur travail
de sape a menacé la stabilité de l'édifice.
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Après un court
transfert en bus, nous avons abordé Kizilçukur, la
vallée rouge. À nouveau ce paysage de tuf, aux formes
arrondies par la pluie formant comme d'immenses vagues de pierre,
du jaune à l'ocre, avec quelques teintes de vert, parfois
de blanc. |
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Dans l'après midi une halte pour
visiter une habitation troglodyte. Nous escaladons un talus pour
atteindre l'entrée. De là un vestibule permet d'accéder
à deux escaliers. L'un, vers le haut, nous montre que l'habitation
se poursuit dans le rocher, dans une direction que nous n'explorerons
pas. L'autre, vers le bas, est celui que nous emprunterons. Très
raide, il dessert deux pièces rectangulaires un peu plus
bas. Au passage une ouverture dans la falaise dont nous apprécions
la hauteur une fois sortis. La descente se poursuit, de plus en
plus raide. Il fait très sombre, et la lampe de poche est
indispensable. Enfin nous débouchons sur une petite pièce
qui donne accès au jour. Nous sommes ressortis une cinquantaine
de mètres plus loin que notre point d'entrée, et,
naturellement, sensiblement plus bas.
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29 mai
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Dès l'entrée dans la
vallée blanche, les cheminées de fées sont
présentes. Leurs formes phalliques dominent le sentier. La
vallée se transforme en gorge relativement large, dont les
flancs sont constitués de falaises de tuf où apparaissent
nettement les différentes couches. La partie supérieure,
plus résistante, est arrondie par l'érosion. Sa couleur
est un peu plus grise. En dessous une couche de tuf très
claire et très homogène, et manifestement très
fragile.
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Les coupures sont nettes, presque verticales. En dessous une nouvelle
couche, en fait succession de strates aux teintes un peu plus jaunes,
présentant de nombreuses inclusions. À la limite de
chaque couche, le ruissellement a formé comme un ourlet,
un léger surplomb.
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Après quelques heures, nous débouchons
sur le plateau, où la citadelle d'Uçhisar apparaît.
Une masse sombre, percée par de nombreuses ouvertures, avec
des pans entiers de rochers qui furent naguère des murs,
emportés par le temps. L'impression est celle que donnerait
une ruche gigantesque éventrée, posée sur le
sol. Accrochées à ses flancs, quelques habitations,
pour nombre d'entre elles transformées en pension.
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Au sommet le drapeau turc, et la silhouette des visiteurs qui nous
ont précédés dans l'ascension.
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Au sommet la vue, à 360° est splendide.
Au loin, presque perdu dans les nuages, le volcan Erciyes d'où
naquit la Cappadoce. Nous surplombons un paysage de cheminées
de fées et de vallées. L'ensemble forme comme un immense
terrain criblé, déchiqueté, où dominent
les ocres, les rouges, avec quelques touches de vert.
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30 mai
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Nous rejoignons une petite bourgade
tranquille, Ibrahim Pasha, que les Grecs appelaient Babayan. Nous
faisons halte sur la place du village, pour le thé traditionnel,
en regardant au passage une ou deux charrettes tirées par
des ânes et des mulets qui passent devant nous. Nous quittons
la ville par un sentier qui s'enfonce dans une gorge. Nous sommes
manifestement dans la vieille ville : d'anciennes maisons de pierre,
pour certaines abandonnées, épousent le rocher et
forment un dédale de ruelles étagées. La pierre
prend sous le soleil des teintes ocres et blanches. Certaines façades
présentent des pilastres et des rebords de fenêtre
ouvragés.
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Après quelque temps de marche nous
voyons apparaître un immense rocher assez semblable à
celui d'Uçhisar : Ortahisar, la forteresse du milieu. Le
rocher, très élancé, est particulièrement
impressionnant avec ses ouvertures, ses rambardes, et ses escaliers.
Nous en attaquons l'ascension. Des échelles métalliques
permettent de passer d'un niveau à l'autre, relayées
par des escaliers des pierres intérieurs à la roche,
des passages en corniche, puis d'autres escaliers. La vue au sommet,
où l'on domine la vieille ville et toute la région,
est splendide.
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Ayant repris la marche, nous arrivons bientôt
à un grand rocher où nous percevons quelques ouvertures.
En nous approchant nous voyons des décorations et des colonnades
: nous sommes dans un ancien hôpital monacal. L'intérieur,
très important, est relativement bien conservé. Des
salles voûtées creusées dans le roc, reposent
sur des colonnes dont certaines ont disparu - toujours la légende
du trésor enfoui. Ce centre hospitalier était très
important et nous voyons en particulier la salle où étaient
formés les futurs médecins.
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31 mai
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Nous repartons pour une nouvelle étape
: la ville souterraine de Derinkuyu. Les occupants successifs ont
creusé dans la roche, un peu moins friable que le tuf, une
véritable cité souterraine. Celle-ci se développe
sur 8 niveaux, formant spirale. Le 8ème niveau, le plus bas,
est ainsi en dessous du 4ème, comme nous pouvons le voir
par la présence d'une cheminée d'aération qui
communique avec ces deux étages. C'est dans les niveaux les
plus élevés qu'on retrouve toutes les fonctions liées
à
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l'alimentation : abri pour le bétail, entrepôt, réfectoire,
et plus particulièrement un pressoir. Ces premiers niveaux
servaient de tout temps, notamment pendant les mois d'été.
Ensuite sont venus les refuges proprement dit, qui permettaient
aux habitants de faire face aux invasions. Ils étaient conçus
pour permettre un séjour de deux à trois mois. Tout
au fond une chapelle et un long boyau qui conduit vers une petite
pièce où une tombe est creusée : la morgue,
indispensable en cas de séjour prolongé.
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Nous continuons la route et arrivons à
village, Ihlara, où commence la vallée du même
nom. Il s'agit d'une entaille profonde, taillée dans le rocher
qui prend des teintes rougeâtres. Au fond des champs, des
vergers, une petite rivière et le sentier que nous allons
suivre. À nouveau des orifices marquent la présence
d'habitations ou d'églises troglodytes.
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La vallée comptait plus de cent
églises. Nous en verrons quatre, aux noms évocateurs
: église odorante, église sous l'arbre, église
aux serpents, église des jacinthes. À l'intérieur
des fresques, toujours assez endommagées, mais qui laissent
deviner les riches couleurs d'origine. Ainsi dans l'église
aux serpents un gigantesque reptile figurant le diable s'empare
des corps des damnés qu'il dévore en commençant
par la partie du corps par laquelle ils ont péché
!
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1er juin
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De Yaprakhisar<, à Belisirma, dans le bas
de la vallée d'Ihlara, nous longeons beaucoup de petits potagers,
certains occupés par leur propriétaire en train de jardiner.
Le ciel est sans nuage, mais la vallée, verdoyante, offre
de nombreux points d'ombre qui, ajoutés à la fraîcheur
de la rivière, rendent la marche agréable.
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À Belisirma nous visitons le village, fait
de maisons anciennes. Nous remontons les rues jusqu'à des
bâtiments creusés dans la roche. Le premier est une
église, Ala kilise, avec ses coupoles reposant sur des colonnes.
À côté un vieux pressoir à huile, au
mécanisme de bois encore apparent. Dans le dernier bâtiment
une meule encore visible, même si cette fois-ci le mécanisme
a disparu.
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2 juin
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Revenus à Ankara nous occupons la dernière
matinée en visitant le musée des civilisations anatoliennes.
S'il n'est pas gigantesque, les pièces présentées,
qui retracent toutes les occupations successives de la région,
de la préhistoire aux romains, savent capter l'intérêt.
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Nous parcourons enfin le marché, odorant
et coloré : les épices, les fruits et les légumes,
mais aussi les viandes et les poissons forment un ensemble vivant
ou chacun s'affère. Dans les singularités, à
noter les pieds de moutons vendus en botte, et les têtes grillées
empilées dans une vitrine, comme des poulets chez un volailler.
Un dernier regard et nous allons quitter la Turquie.
Hiç unutmayacagim !
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