Cappadoce - mai/juin 2001

Sommaire
26 mai - Ankara
27 mai - Lac salé - Caravansérail d'Agzikarahan - Zelve
28 mai - Vallée de Gomeda - Églises - Vallée Rouge - Habitation troglodyte
29 mai - Vallée blanche - Uçhisar - Vue de la citadelle
30 mai - Ibrahim Pasha - Ortahisar - Monastère de l'hôpital
31 mai - Ville souterraine de Derinkuyu - Ihlara - Églises de la vallée d'Ihlara
1er juin - Bas de la vallée d'Ihlara - Belisirma
2 juin - Musée des civilisations anatoliennes - Marché d'Ankara

Photothèque Cappadoce

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Extraits du carnet de voyage

26 mai

 

 

 

Ankara.
Depuis la citadelle, bon nombre de petites maisons, presque à perte de vue, denses et colorées, imbriquées les unes dans les autres et semblant répondre à un ordre qu'on ne comprend pas. Les rues sont vivantes mais pas grouillantes, et l'occidental qui passe n'attire pas outre mesure la curiosité.
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27 mai

La route entre Ankara et Aksaray nous a conduit à longer le grand lac salé. La densité du sel y serait de 30g par litre, interdisant toute vie. En revanche elle permet d'alimenter en sel la quasi-totalité de la Turquie. Les branchages, les détritus divers qui s'y sont perdus sont recouverts d'une croûte de sel qui les fait ressembler à des coraux.

 

Sur la route de Nevshehir nous nous arrêtons à un caravansérail ancien : Agzikarahan. Nous sommes sur la route de la soie. Les caravanes en provenance ou à destination de l'est pour le commerce avec la Chine trouvaient une telle installation tous les 40 kms. L'ensemble se présente comme un fortin, ce que justifiait le caractère précieux des marchandises transportées : une seule entrée, en ogive ; une cour centrale autour de laquelle sont disposées des chambres et une grande pièce éclairée par des lucarnes, qui servait de stalles pour l'hiver. Au centre de la cour un petit bâtiment utilisé pour la prière.

Nous abordons la Cappadoce par Nevshehir. Nous continuons vers Zelve. Là un musée en plein air, en fait un ancien village troglodyte dont les derniers habitants sont partis en 1953. Le village a été littéralement sculpté dans les "cheminées de fées", pitons de tuf qui ont subsisté grâce à la protection précaire d'un bloc de roche dure en leur sommet. Le tuf est très fragile, et la pluie, le vent, rongent en permanence les matériaux. Zelve, protégée trop tardivement, porte cruellement les stigmates de cette usure.

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28 mai.

Départ pour la vallée de Gomeda. Sous le soleil les pénitents et les cheminées de fées prennent des teintes colorées. La vision des pigeonniers innombrables, dont l'origine remonte à l'époque byzantine, vaut le déplacement. L'érosion entaillant progressivement la falaise, véritable canyon créé par la rivière, les occupants successifs ont creusé les pigeonniers en reculant de plus en plus. Les pigeonniers étaient principalement voués à la récupération de la fiente, utilisée comme engrais. Accessoirement les pigeons voyageurs pouvaient servir aux communications, avant de nourrir leurs propriétaires.

Certains pigeonniers ont une entrée décorée pour éloigner les mauvais esprits. Les Ottomans, lorsqu'ils les ont récupérés, y ont parfois ajouté des sourates du Coran.

Au passage trois églises taillées dans le tuf reçoivent notre visite. La plus étonnante est la dernière, dont l'ouverture se laisse à peine deviner dans le rocher. L'église elle-même est toute en profondeur. Les piliers qui supportent la coupole, à l'origine au nombre de 4, sont pour l'un disparu et pour l'autre rongé. En effet une croyance s'attachait à la réalisation de ces piliers, affirmant qu'un trésor pouvait être enterré à la base de l'un d'entre eux. Les fouilles des pillards se sont arrêtées lorsque leur travail de sape a menacé la stabilité de l'édifice.

Après un court transfert en bus, nous avons abordé Kizilçukur, la vallée rouge. À nouveau ce paysage de tuf, aux formes arrondies par la pluie formant comme d'immenses vagues de pierre, du jaune à l'ocre, avec quelques teintes de vert, parfois de blanc.

 

Dans l'après midi une halte pour visiter une habitation troglodyte. Nous escaladons un talus pour atteindre l'entrée. De là un vestibule permet d'accéder à deux escaliers. L'un, vers le haut, nous montre que l'habitation se poursuit dans le rocher, dans une direction que nous n'explorerons pas. L'autre, vers le bas, est celui que nous emprunterons. Très raide, il dessert deux pièces rectangulaires un peu plus bas. Au passage une ouverture dans la falaise dont nous apprécions la hauteur une fois sortis. La descente se poursuit, de plus en plus raide. Il fait très sombre, et la lampe de poche est indispensable. Enfin nous débouchons sur une petite pièce qui donne accès au jour. Nous sommes ressortis une cinquantaine de mètres plus loin que notre point d'entrée, et, naturellement, sensiblement plus bas.
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29 mai

Dès l'entrée dans la vallée blanche, les cheminées de fées sont présentes. Leurs formes phalliques dominent le sentier. La vallée se transforme en gorge relativement large, dont les flancs sont constitués de falaises de tuf où apparaissent nettement les différentes couches. La partie supérieure, plus résistante, est arrondie par l'érosion. Sa couleur est un peu plus grise. En dessous une couche de tuf très claire et très homogène, et manifestement très fragile.

Les coupures sont nettes, presque verticales. En dessous une nouvelle couche, en fait succession de strates aux teintes un peu plus jaunes, présentant de nombreuses inclusions. À la limite de chaque couche, le ruissellement a formé comme un ourlet, un léger surplomb.

Après quelques heures, nous débouchons sur le plateau, où la citadelle d'Uçhisar apparaît. Une masse sombre, percée par de nombreuses ouvertures, avec des pans entiers de rochers qui furent naguère des murs, emportés par le temps. L'impression est celle que donnerait une ruche gigantesque éventrée, posée sur le sol. Accrochées à ses flancs, quelques habitations, pour nombre d'entre elles transformées en pension.

Au sommet le drapeau turc, et la silhouette des visiteurs qui nous ont précédés dans l'ascension.

Au sommet la vue, à 360° est splendide. Au loin, presque perdu dans les nuages, le volcan Erciyes d'où naquit la Cappadoce. Nous surplombons un paysage de cheminées de fées et de vallées. L'ensemble forme comme un immense terrain criblé, déchiqueté, où dominent les ocres, les rouges, avec quelques touches de vert.
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30 mai

Nous rejoignons une petite bourgade tranquille, Ibrahim Pasha, que les Grecs appelaient Babayan. Nous faisons halte sur la place du village, pour le thé traditionnel, en regardant au passage une ou deux charrettes tirées par des ânes et des mulets qui passent devant nous. Nous quittons la ville par un sentier qui s'enfonce dans une gorge. Nous sommes manifestement dans la vieille ville : d'anciennes maisons de pierre, pour certaines abandonnées, épousent le rocher et forment un dédale de ruelles étagées. La pierre prend sous le soleil des teintes ocres et blanches. Certaines façades présentent des pilastres et des rebords de fenêtre ouvragés.

Après quelque temps de marche nous voyons apparaître un immense rocher assez semblable à celui d'Uçhisar : Ortahisar, la forteresse du milieu. Le rocher, très élancé, est particulièrement impressionnant avec ses ouvertures, ses rambardes, et ses escaliers. Nous en attaquons l'ascension. Des échelles métalliques permettent de passer d'un niveau à l'autre, relayées par des escaliers des pierres intérieurs à la roche, des passages en corniche, puis d'autres escaliers. La vue au sommet, où l'on domine la vieille ville et toute la région, est splendide.

Ayant repris la marche, nous arrivons bientôt à un grand rocher où nous percevons quelques ouvertures. En nous approchant nous voyons des décorations et des colonnades : nous sommes dans un ancien hôpital monacal. L'intérieur, très important, est relativement bien conservé. Des salles voûtées creusées dans le roc, reposent sur des colonnes dont certaines ont disparu - toujours la légende du trésor enfoui. Ce centre hospitalier était très important et nous voyons en particulier la salle où étaient formés les futurs médecins.
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31 mai

Nous repartons pour une nouvelle étape : la ville souterraine de Derinkuyu. Les occupants successifs ont creusé dans la roche, un peu moins friable que le tuf, une véritable cité souterraine. Celle-ci se développe sur 8 niveaux, formant spirale. Le 8ème niveau, le plus bas, est ainsi en dessous du 4ème, comme nous pouvons le voir par la présence d'une cheminée d'aération qui communique avec ces deux étages. C'est dans les niveaux les plus élevés qu'on retrouve toutes les fonctions liées à

l'alimentation : abri pour le bétail, entrepôt, réfectoire, et plus particulièrement un pressoir. Ces premiers niveaux servaient de tout temps, notamment pendant les mois d'été. Ensuite sont venus les refuges proprement dit, qui permettaient aux habitants de faire face aux invasions. Ils étaient conçus pour permettre un séjour de deux à trois mois. Tout au fond une chapelle et un long boyau qui conduit vers une petite pièce où une tombe est creusée : la morgue, indispensable en cas de séjour prolongé.

Nous continuons la route et arrivons à village, Ihlara, où commence la vallée du même nom. Il s'agit d'une entaille profonde, taillée dans le rocher qui prend des teintes rougeâtres. Au fond des champs, des vergers, une petite rivière et le sentier que nous allons suivre. À nouveau des orifices marquent la présence d'habitations ou d'églises troglodytes.

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La vallée comptait plus de cent églises. Nous en verrons quatre, aux noms évocateurs : église odorante, église sous l'arbre, église aux serpents, église des jacinthes. À l'intérieur des fresques, toujours assez endommagées, mais qui laissent deviner les riches couleurs d'origine. Ainsi dans l'église aux serpents un gigantesque reptile figurant le diable s'empare des corps des damnés qu'il dévore en commençant par la partie du corps par laquelle ils ont péché !

1er juin

De Yaprakhisar<, à Belisirma, dans le bas de la vallée d'Ihlara, nous longeons beaucoup de petits potagers, certains occupés par leur propriétaire en train de jardiner. Le ciel est sans nuage, mais la vallée, verdoyante, offre de nombreux points d'ombre qui, ajoutés à la fraîcheur de la rivière, rendent la marche agréable.

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À Belisirma nous visitons le village, fait de maisons anciennes. Nous remontons les rues jusqu'à des bâtiments creusés dans la roche. Le premier est une église, Ala kilise, avec ses coupoles reposant sur des colonnes. À côté un vieux pressoir à huile, au mécanisme de bois encore apparent. Dans le dernier bâtiment une meule encore visible, même si cette fois-ci le mécanisme a disparu.

2 juin

Revenus à Ankara nous occupons la dernière matinée en visitant le musée des civilisations anatoliennes. S'il n'est pas gigantesque, les pièces présentées, qui retracent toutes les occupations successives de la région, de la préhistoire aux romains, savent capter l'intérêt.

Nous parcourons enfin le marché, odorant et coloré : les épices, les fruits et les légumes, mais aussi les viandes et les poissons forment un ensemble vivant ou chacun s'affère. Dans les singularités, à noter les pieds de moutons vendus en botte, et les têtes grillées empilées dans une vitrine, comme des poulets chez un volailler.

Un dernier regard et nous allons quitter la Turquie.

Hiç unutmayacagim !

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© Bernard Cathelain 2001